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Sureté nucléaire : une réorganisation irresponsable ?

Publié le mercredi 22 février 2023

Le gouvernement a annoncé le 8 février vouloir dissoudre l’Institut de radioprotection et de sureté nucléaire (IRSN) et le fusionner avec l’Agence de sureté nucléaire (ASN) pour ce qui est de l’expertise, avec le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) pour la recherche et avec le Délégué à la Sûreté nucléaire et à la radioprotection pour les activités et installations intéressant la Défense (DSND) pour ses missions relatives au militaire.

La forme de cette l’annonce a choqué puisque la décision a été présentée brutalement, sans qu’aucune concertation avec les parties prenantes n’ait eu lieu et elle a de quoi susciter de vives inquiétudes.

Au moment où le gouvernement décide une relance de la filière nucléaire plutôt que d’investir dans la sobriété énergétique et les énergies renouvelables, il envisage, sans débat public, de financer cette relance via l’épargne du Livret A.

La fusion de l’IRSN et de l’ASN est une formule qui signifie tout simplement la dissolution de l’IRSN, expert public des risques nucléaires et radiologiques.

Voici quelques unes de ces missions :

Suite à quoi l’ASN a fait appliquer les règles et les protocoles de l’IRSN engendrant la fermeture de nombreux réacteurs.

L’IRSN perdrait son indépendance si ses missions n’étaient plus distinctes de celles de l’ASN, instance décisionnaire. Thierry Charles, ancien directeur général adjoint de l’IRSN, explique sur Reporterre que le système actuel « permet à l’expert de travailler en toute liberté sur la base d’éléments techniques et scientifiques, puisqu’il ne subit pas le poids de la décision à prendre ensuite ».

Quel est l’objectif affiché par le gouvernement avec cette dissolution : « fluidifier les processus d’examen technique et de prise de décision de l’ASN pour répondre au volume croissant d’activités lié à la relance de la filière nucléaire » notamment le prolongement des réacteurs existants au-delà de 60 ans et la construction dans un premier temps de six nouveaux EPR2.

Difficile d’être plus clair : il faut aller vite au mépris de la sécurité et de la santé publique.

L’autre intention mise en avant par le gouvernement, « renforcer l’indépendance du contrôle » (sic), aura du mal à passer pour autre chose qu’un élément de langage faisant perdre tout sens aux mots utilisés.

Par ailleurs, nombre d’autres missions et domaines de recherche actuels de l’IRSN risquent d’être fragilisés. Sur le fond comme sur la forme, on a donc ici une nouvelle illustration du manque de démocratie en matière de politique énergétique et plus singulièrement en matière d’énergie nucléaire.

Face au démantèlement de leur outil de travail et face à l’augmentation du risque nucléaire qu’il ferait courir, les salarié·e·s de l’IRSN ont lancé un mouvement de grève le 20 février et ont lancé une pétition en ligne.


Photo : Yves Alarie